Accueil

Serge St-Arneault
Lettre du Malawi No 81
Chézi, 21 mai 2010

L’AVENTURE PERSONNELLE VERSUS LES HÉRITAGES COLLECTIFS
Mon confrère Jean Arnaud, Français de Grenoble, a conservé
quelques expressions québécoises de l’époque où il a étudié au Canada
il y a une quarantaine d’années; c’est au bout, au coton!
De nos jours, notre époque contemporaine expérimente l’agressivité,
quelle soit économique ou boursière, militaire ou culturelle, verbale ou physique,
sexuelle ou idéologique, chaque fois abusive, au bout, au coton, c'est-à-dire à l’extrême!

Le contexte culturel de l’époque contemporaine,
de dire Marcel Neusch (1)commentant le livre de François Euvé
intitulé Crainte et Tremblement, une histoire du péché (Seuil, 396 p.),
se caractérise par la crise écologique, le souci de soi et le rapport au temps,
dans la mesure où l’optimisme du progrès s’est inversé
en fascination pour la catastrophe. Tout particulièrement, le souci de soi
correspond à « l’aventure personnelle qui l’emporte désormais sur les héritages collectifs ».

Voilà, me semble-t-il, UNE CLEF D’INTERPRÉTATION DE LA RAGE
que nos contemporains vivent; rage contre ce qui brime la liberté et limite les droits
ou les choix personnels et les orientations sexuelles
en opposition ouverte contre les héritages culturels et religieux.

Aussi, de quoi parle-on surtout ces jours-ci? De la catastrophe pétrolière
au Golfe du Mexique, des changements climatiques et de leurs conséquences,
accusations de pédophilie de certains membres de l’Église Catholique
et attaques contre le Pape. On revient sans cesse sur l’Iran, l’Irak, l’Afghanistan,
la Grèce et la valeur de l’Euro, sur les cendres d’un volcan en Islande,
qui paralysent les transports aériens en Europe.
L’optimisme du progrès du siècle dernier fait place
à la fascination des nouvelles catastrophiques suivies quotidiennement
sur nos écrans de télévision.

Il y a trois manières de réagir aux événements qui se résument en trois questions;
le pourquoi, le qui, et le comment. Le raisonnement du monde occidental est simple;
pourquoi ceci et pourquoi cela? Dans le contexte de la vision Africaine traditionnelle,
une tragédie ne peut s’expliquer par un pourquoi. Il faut plutôt chercher le qui,
le ou la coupable qui est la cause d’une maladie ou d’un accident ou d’un décès.
Les accusations pleuvent. Il s’agit d’une hantise, celle de la sorcellerie
qui affecte tous les rapports humains d’une société qui, même de nos jours,
perçoit les réalités du monde via le pouvoir (magique!) des esprits ou des morts-vivants.
Je vous invite à lire mon article, qui a été publié en anglais sur un site Internet (2),
où j’explique mon point de vue sur ce sujet.
En deux mots, la question n’est pas de savoir si la sorcellerie existe ou pas.
C’est une indispensable ‘réalité’ dans la mesure où elle agit comme un carburant
qui permet de maintenir une forme de cohésion sociale,
mais construite sur la peur. L’héritage collectif que constitue la sorcellerie
devient un mécanisme de contrôle paralysant toute forme d’initiative individuelle.
Le monde contemporain agit de la même façon via le pouvoir (magique!) de la science
en empruntant un autre langage, celui de la logique
qui se nourrit au carburant des hypothèses et des recherches
sur l’infiniment petit jusqu’aux lointaines limites de l’univers.
La peur de l’inconnu angoisse l’existence et exige une explication.
Cet héritage collectif est issu des siècles des Lumières et de sa culture de contrôle,
de dire le père Timothy Radcliffe (3) dans un récent texte
présenté devant le clergé de Dublin suivant les actes pédophiles commis par des prêtres.

« L’aventure personnelle l’emporte désormais sur les héritages collectifs. »
Cela a un impact certain sur la notion de la faute, de dire François Euvé.
Tout comme une accusation de sorcellerie minimise la responsabilité
face à un échec personnel ou un malheureux accident
(ce n’est pas moi, c’est le sorcier ou un ennemi qui m’a jeté un sort!),
ainsi en blâmant le gouvernement, les compagnies pétrolières,
le capitalisme ou l’Église, nous minimisons également nos responsabilités
sachant que nous tirons avantage du système si cela nous est profitable
(ce n’est pas de ma faute, j’exerce mon droit!). Dans l’un et l’autre cas,
il y bien peu de souci pour le véritable ‘bien commun’.

D’un autre côté, l’aventure personnelle face aux héritages collectifs
est un contre-pied au pouvoir excessif, d’où la rage.
Il nous faut sortir du carcan de la peur entretenue par les mécanismes de contrôle
centrés sur l’usage et l’obsession du pouvoir (centralisateur).
Selon le père Timothy Radcliffe, l’Église s’est débattue
pour conserver la maîtrise de sa propre vie, et a souvent fini
par être imprégnée par cette même culture du pouvoir.
« Je suis persuadé, dit-il, que la crise de la sexualité est étroitement liée
aux questions de pouvoir et à la manière dont le pouvoir fonctionne souvent
au sein de l’Église à tous les niveaux (…). Toutes les institutions humaines
sont centrées sur l’usage du pouvoir. Il ne s’agit pas du pouvoir de Jésus,
qui était doux et humble de cœur. »

Que reste-t-il? Il reste la troisième question; le comment!
Nous ne saurons jamais résoudre parfaitement tous les pourquoi.
Nous ne savons pas non plus qui cause le mal.

Alors quoi? Comment réagir aux drames et aux abus de pouvoir?
Avec tristesse! Résignation! Abandon! Colère! Pour ma part, je garde espoir.
La tradition chrétienne, envers et contre tout,
en dépit des faiblesses de l’Église Catholique institutionnelle,
annonce une bonne nouvelle.
La liberté se définit dans ma manière d’être et de vivre une promesse de vie
qui trouve sa source dès le livre de la Genèse.
La grande nouvelle n’est pas la chute dans le péché ou la catastrophe du paradis perdu
mais cette promesse de vie que Jésus à conquise
par sa mort nécessairement violente. Pourquoi? Je m’interroge encore.
Satan est-il le coupable? Je n’ose pas le dire si directement.
Le mal se refuse à livrer son secret ultime.
« Mais, à la lumière de la promesse de Dieu, le dernier mot revient non pas au mal,
mais à la vie. », de conclure Marcel Neusch. Ça! C’est ‘le bout du bout’!

(1) Marcel Neusch, Le péché, et après?, dans le journal La Croix, Jeudi 1er avril 2010, page 16.
(2) http://www.fenza.org/files/documents/Serge_St-Arneault_witchcraft_the_right_question.pdf.
For the public it is accessible under the "document-section" of our site. (http://www.fenza.org/documents.html)
Witchcraft - What is the right question? Author: Serge St-Arneault (Malawi).
December 2009. (PDF file, 18 KB)
A short article written in response to a number of newspaper articles on witchcraft in Malawi.
Witchcraft is there because we want it to be. We hate it, we fear it, we like it, we want it.
Basically we cannot live without it. It is up to us to make witchcraft a reality or not.
The question is: what do we want in life?
(3) Publié dans le bimensuel "La Documentation catholique" du 4 avril 2010;
un discours du Père Timothy Radcliffe prononcé fin 2009.

Pour me rejoindre: sergestarno@gmail.com

Voir photos sur le site: http://sergestarno.blogspot.com

Haut de page