Serge St-Arneault
Lettre du Malawi No 71
Chézi, 25 octobre 2009
Notre maison est située tout près d'un centre commercial.
Entendons-nous! Il s'agit d'un lieu de rassemblement
où chacun trouve un
petit coin pour étaler sa marchandise:
maïs, arachides, pommes de terre,
choux, tomates, vêtements, savons, bricoles, etc...
Le jour du marché de
Chézi a lieu chaque jeudi.
C'est là que l'animation est la plus intense au
point de pratiquement bloquer les routes.
Par contre, quelques boutiques
offrent leurs produits le reste de la semaine.
Comme ailleurs, les sacs de
plastique sont largement utilisés,
de forme et de couleurs variées.
-
Pourquoi les gens laissent-ils trainer leurs sacs de plastique usagés, de se
plaindre André.
Il a bien raison de rouspéter.
Les amas de plastic jeté
à tout vent ont vite fait d'envahir notre propriété.
- Ne voient-ils donc
pas la laideur de ces ordures. Il serait si simple de nettoyer.
- Pour la
plupart des gens, lui-dis-je, l'environnement n'est pas une valeur et,
de
plus, cela ne produirait aucun profit immédiat de nettoyer.
Dans une société
où l'effort consiste à travailler la terre
pour y produire une nourriture
essentielle à sa survie,
il n'y a aucun avantage à ramasser les vieux sacs
de plastique.
On ne voit que ce qui nous tient à cœur. Trop souvent, le
reste n'est pas vraiment important.
Pour toi, la propreté de la cour autour
de la maison est une valeur.
Pour les Malawiens, un champ de maïs a une plus
grande valeur
car c'est de ce champ que dépend la survivance.
Nettoyer
la cour est un sacrifice inutile à moins que cela ne devienne une valeur.
À
bien y penser, c'est la même chose pour l'humanité.
Le niveau des océans
n'est pas une valeur
jusqu'au moment où les pays constitués d'Îles
risquent la submersion par la fonte des calottes polaires.
Aurons-nous
la 'volonté politique' de faire le sacrifice nécessaire pour empêcher le pire?
La dispersion des vulgaires sacs de plastique
est une illustration de ce
qui se produit à l'échelle de la planète.
La pollution produite par les pays
industrialisés
a pour conséquence le réchauffement de la planète.
Cela
dure depuis longtemps grâce à la complaisance des dirigeants politiques
et à
l'exploitation des ressources naturelles du système capitaliste obsédé par le
profit.
Quel profit? Celui du court terme, du rendement boursier.
Au
diable les conséquences! À moins que des voix s'élèvent pour éviter la
catastrophe.
Cela se fait par le canal de lois protégeant l'environnement
trop souvent payé par les taxes des contribuables. Est-ce suffisant?
-
Mais ne voient-ils pas que cette pollution tue les poissons de nos rivières,
nous empoissonne chaque jour un peu plus? Ce n'est pas une question de
connaissance.
Nous savons cela depuis longtemps.
C'est comme la
cigarette. Tout le monde connaît les côtés néfastes de la nicotine :
dépendance et graves maladies.
Quel est donc l'élément manquant pour
inciter un changement d'attitude?
En d'autres mots, quel est le sacrifice
que je suis prêt à payer pour adhérer à une autre valeur?
Au niveau
planétaire, si nous refusons collectivement de payer le prix nécessaire,
et
il est élevé, rien n'arrêtera la fonte des pôles Nord et Sud.
Les discours
seuls n'y changeront rien. Nous savons!
Mais, qu'est-ce qui provoquera le
changement nécessaire? C'est le sacrifice!
Mot devenu tabou dans notre
vocabulaire. Plus personne ne veut se sacrifier.
Au contraire, on veut
profiter de tout et payer le moins cher.
Qui suis-je pour critiquer les
Malawiens
de refuser de faire ce que le reste de l'humanité refuse
elle-même? Ne voient-ils pas?
Et nous, ne voyons-nous pas? Alors! Où est le
nœud du problème?
La clef réside dans notre désir de conversion. Prendre
conscience, bien!
Mais il nous faut ce quelque chose d'autre pour
transformer le sacrifice en valeur ajoutée.
Qu'est-ce alors? Je nettoie ma
cour non seulement pour la rendre plus belle
(beauté = valeur ajoutée) mais
avant tout par respect pour la nature
et mes sœurs et frères humains. Cela
s'appelle l'amour du prochain.
Je ne cherche pas mon gain mais je m'offre
pour une meilleure qualité de vie
pour moi-même et pour les autres.
C'est dans cet Esprit (l'Esprit de Dieu) que Jésus-Christ s'est sacrifié
jusqu'à la croix du Golgotha.
Il est
écrit qu'il 'devait' se sacrifier pour faire naître une vie nouvelle (valeur
ajoutée),
pour recréer le monde. Sa valeur ultime
était le salut du monde.
Cela demeure vrai encore aujourd’hui.
Que
suis-je prêt à sacrifier pour atteindre ma valeur ajoutée?
Quelle est-elle?
Pour me rejoindre: sergestarno@gmail.com
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