Serge St-Arneault
Lettre du Malawi No 70
Chézi, 2octobre 2009
— C’est notre journée de récollection, où allons-nous?,
de demander
Gilbert, notre stagiaire.
Heureusement que Gilbert est là
sans qui nous
aurions esquivé encore une fois notre journée de récollection mensuelle.
—
Allons à la montagne de Kaso, de répondre Jean. C’est un choix judicieux.
Non seulement ce n’est qu’à 9 kilomètres de Chézi mais c’est aussi un haut
lien historique.
C’est en effet à Kaso que les premiers missionnaires
protestants Calvinistes
de l’Église Hollandaise Réformée d’Afrique du Sud
ont traduit la bible en Chichéwa.
Plusieurs générations de biblistes et de
missionnaires
ont combiné leur effort entre les années 1900 et 1923 pour
traduire la bible.
Celle-ci tient encore lieu de référence quoique de
nouvelles traductions aient fait jour depuis.
La plus courante est
maintenant la « Buku Loyera »
publié par la Société Biblique du Malawi
comprenant les textes deutérocanoniques pour les Catholiques.
Cette
dernière traduction œcuménique a vu le jour en 1998.
Les missionnaires de
l’Église Écossaise Réformée v
ivaient dans un coin totalement reculé du
Nyassaland de l’époque.
Un sentier leur permettait de se rendre à Nkhoma sur
le plateau de Dedza.
Des ânes se chargeaient de transporter les vivres
et le matériel nécessaire pour la survie de ces pionniers.
Encore
aujourd’hui, il est possible de voir la petite grange dilapidée qui abritait ces
ânes.
Un monument a été construit en 1973
pour souligner le
cinquantenaire de la traduction
avec la citation du psaume 119, verset 105;
Ta parole est une lampe pour mes pas,
une lumière sur mon sentier.
La
pente abrupte permet de découvrir en son pinacle un admirable point de vue
qui culmine à 1252 mètres.
Le père Jean Arnaud était bien fier de se
tenir sur le socle qui en marque le sommet.
Notre méditation du jour
consistait à lire et partager nos impressions
au sujet de la dernière
encyclique du pape sur la justice sociale.
Nos prédécesseurs missionnaires
n’auraient jamais imaginé qu’une centaine d’années plus tard,
sur les lieux
même de leur labeur, d’autres missionnaires méditeraient une encyclique papale.
Qu’en sera-t-il dans 100 ans d’ici? Personne alors n’aura idée que nous y
avons mis les pieds.
J’y découvre une évidence.
Le pouvoir du souvenir
rattaché aux lieux nous relie à la vie offerte de nos ancêtres
pour nous
permettre une pause et reprendre la route.
Pas très loin d’ici, près d’un
pont enjambant la rivière Lilongwe, à Mphanza,
se trouve le lieu de la
première chapelle construite par les Pères Blancs dans cette région,
autour
de 1903. J’y suis allé récemment. L’endroit est connu.
Une brave dame nous
l’a indiqué. Mais, il n’y a plus de trace.
Seul un arbre indique
l’emplacement.
Un jour, il sera coupé comme tant d’autres
et seule une
marque sur une carte géographique
nous permet d’imaginer ce lieu physique
maintenant évaporé.
Il dépend de nous de préserver ce souvenir.
Il en
est de même de la force de la foi en Jésus Christ
transmise par le pouvoir
rattaché à nos lieux de culte.
Mystérieusement, nos petites églises et
chapelles
nous relient à la vie offerte de nos prédécesseurs.
Grâce à ces lieux sacrés, nous prenons une pause pour mieux
reprendre la route.
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