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Serge St-Arneault
Lettre du Malawi No 69
Chézi, 26 septembre 2009

 — Je suis le pasteur de l’Église Pentecôtiste de Chézi.
Je viens vous rendre visite pour faire connaissance.
— Vous êtes le bienvenu.
Mes confrères André Bilodeau et Jean Arnaud étaient un peu surpris
de le rencontrer pour la premières fois, eux qui sont à Chézi depuis plus de 10 ans.
Mais mieux vaut tard que jamais, dit-on.
Son insistance pour prendre une photo nous a aussi fait sourire.
Chose certaine, il est très sympathique, spontané et chaleureux.
— Avez-vous une église?
— Non, nous prions dans une salle de classe pas loin d’ici.
Évidemment, le pasteur Dickson Chiponda n’a pas tardé à revenir pour voir sa photo.
Il était tellement heureux. Ce jour-là, je revenais de ma marche quotidienne en montagne.
Puis, il me dit :
— Que penseriez-vous si nous allions rendre visite aux autres pasteurs aux alentours de Chézi?
— Voilà une excellente idée. Cela me permettra ainsi de mieux connaître les gens de la région.
C’est ainsi que tous les mercredi après-midi,
nous allons ensemble rendre une visite de courtoisie à l’un ou l’autre pasteur.
Nous en avons visité sept jusqu’à ce jour et recevons chaque fois un cordial accueil.
— J’ai une grande nouvelle à vous annoncer, me dit Dickson.
J’ai été choisi pour devenir le chef du village.
— Wow! Félicitation. Quand aura lieu la cérémonie?
— Samedi prochain, le 12 septembre. Je serais honoré si vous veniez.
— Évidemment, je viendrai.
— Je serai intronisé en compagnie de mon jeune frère qui agira comme chef à ma place.
Moi, je veux demeurer le pasteur de mon église.
Au besoin, j’assisterai mon frère
mais je ne peux pas m’assoir sur les deux chaises en même temps.
Voilà une sage décision.
Par contre, il y a une raison plus importante qui se cache derrière celle-ci.
Selon les coutumes des Chéwa,
le chef est aussi de gardien des traditions maintenues par les cérémonies du Gulé wamkulu.
Ces coutumes s’associent à la religion traditionnelle telle que transmise chez les Chéwa.
Il y a là une dichotomie qui empêche une conciliation entre les traditions ancestrales
et la foi chrétienne.
En fait, il s’agit d’un problème pastoral de grande ampleur
que mon confrère Claude Boucher du Centre Kungoni de Mua essaie d’analyser
et de comprendre depuis plus de 30 ans.
Concilier son appartenance identitaire en tant que Chéwa
et vivre harmonieusement sa foi chrétienne est une difficile tâche à atteindre.
Certains aspects coercitifs du Gulé wamkulu sont à questionner,
spécialement en regard des croyances en la sorcellerie
et de certains abus violant les droits humains. Par contre, tout n’est pas à rejeter.
À l’exemple de tant d’autres cultures, les Chéwa évoluent et s’adaptent aux changements.
Ils peuvent aussi discerner ce qu’il convient de préserver de leurs traditions
et les intégrées aux valeurs évangéliques de justice, de respect mutuel et de pardon.
Que faut-il donc faire? Je ne sais pas trop.
Ce que je sais, c’est que nous devons marcher sur nos deux jambes; foi et tradition.
L’une et l’autre ne se rejette pas, du moins ne devraient pas! Comme c’est compliqué!
Seigneur, envoie-nous ton Esprit.
— Comment êtes-vous devenu pasteur?
— Un jour, peu après mon mariage, j’ai entendu la voix de Dieu
et il m’a demandé si j’accepterais de prêcher sa Parole.
J’ai agréé en lui demandant d’obtenir aussi l’approbation de mon épouse.
Le Seigneur lui a aussi parlé.
Ensemble, nous avons eu 10 enfants et aujourd’hui,
nous avons de nombreux petits-enfants.
Cela m’impressionne.
Voilà un homme qui a consacré sa vie pour l’Évangile
avec des moyens extrêmement modestes.
Père de famille et époux, il a toujours vécu pauvrement
en pourvoyant lui-même à ses besoins et obligations.
Par contre, après tant d’années, sa communauté chrétienne
ne comprend qu’une vingtaine de membres,
sans grande structure ni même de lieu de rassemblement,
pas même de lien avec d’autres Églises Pentecôtistes.
Cela contraste visiblement avec notre Église Catholique qui,
depuis les trois ou quatre dernières décennies,
a multiplié ses membres pour atteindre au-delà d’une trentaine de chapelles
regroupant une cinquantaine de communautés chrétiennes.
Comme c’est compliqué. Oui! Seigneur, envoie-nous ton Esprit de Pentecôte.

Pour me rejoindre: sergestarno@gmail.com

Voir photos sur le site: http://sergestarno.blogspot.com

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