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Serge St-Arneault
Lettre du Malawi No 68
Chézi, 21 août 2009

Ndatha ine nyale yoyaka mumphepo.
Il n’est pas si simple de traduire le chichéwa
mais ce que vous venez de lire se traduit littéralement par:
« Je peux moi tenir lampe allumée dans le vent ».
Quel en est le sens?
Tout d’abord, je dois dire que cela vient de mon ami Kalindiza
que vous avez rencontré dans une précédente lettre du Malawi (Lettre du Malawi 53).

Il travaille maintenant en tant que guide au musée Chamaré du Centre Artistique et Culturel de Kungoni.
Il relève ce nouveau défi avec audace et confiance.
Que veut-il dire? C’est quelque chose du genre :
je suis capable de garder ma lampe allumée même au grand vent.
Cela confirme sa détermination à tenir le coup, à progresser,
à maintenir le cap envers et contre tout.
Signe de courage et de persévérance. Bravo Kalindiza. Lâche pas!
Il n’est pas le seul à suivre cette maxime.
Sakanako m’a récemment téléphoné pour m’exprimer ses doléances
au sujet de la petite Maureen qui s’est brûlé la main il y a quelques mois (Lettre du Malawi 61).
— « J’ai rencontré par hasard un médecin Hollandais en visite à Kungoni.
J’ai osé lui parler de Maureen et il m’a demandé de la voir.
Il était bien désolé de voir sa main maintenant cicatrisée.
Il m’a demandé d’aller le voir en Zambie où
il pourra mieux l’examiner. Toto Moyo, aidez nous! »
Aller en Zambie! Sans passeport! Avec l’enfant et sa maman!
Le voyage, la nourriture en chemin, l’hébergement, les soins requis pour l’enfant!
Ouf! Je commençais déjà à trembler à l’idée du montant à débourser.
Mais c’est une chance unique à ne pas manquer.
Tout est contraire au bon sens. Que faire?
— « Es-tu déjà allé en Zambie? »
— « Non! »
— « C’est trop compliqué. C’est trop loin. Et puis, je n’ai pas assez d’argent. »
— « La petite Maureen, Toto Moyo. Pensez à la petite Maureen. S’il-vous-plait! »
De fait, nous avons déjà fait beaucoup pour elle. Ce n’est pas le temps d’abandonner.
C’est ainsi que la petite famille est partie.
Sitôt partie ou presque, je reçois un autre appel téléphonique.
— « Toto Moyo! C’est encore moi! Je suis à la frontière
mais les douaniers me demandent $80.00
pour un visa de deux semaines et je n’ai pas assez d’argent. »
Misère de misère!
— « Reviens vite. Je t’attends. »
Sakanako doit faire demi-tour.
Un trajet d’environ 200 kilomètres de la frontière à Chézi.
Il repart. Mon Dieu! Pourvu qu’ils réussissent.
Chitipa est tout juste de l’autre côté de la frontière du Malawi.
Une fois là, je pense bien que tout ira sans trop de problème. Un peu de patience quoi!
Entre temps, ici à Chézi, nous accueillons une soixantaine de catéchumènes adultes.
Ils suivent une formation intensive de trois semaines en vue de leur baptême.
Nous avons formé deux groupes;
les plus jeunes et les moins jeunes dont quelques grandes mamans
qu’on appelle ‘agogo’ en Chichéwa.
— « Serge, de me dire mon confrère Jean, lui aussi ‘agogo’, je suis fatigué. Tu me remplaces! »
J’ai un tas de papier en mains sans savoir le contenu et sans savoir par où commencer.
— « Avez-vous des questions? »
— « Pourquoi y a-t-il tant de différences entre les religions chrétiennes? »
Imaginez-moi répondre à cette question.
J’ai patiné en titi avec mon chichewa utilisant le tableau pour illustrer ma pensée.
À bout de mots, m’est venue une inspiration.
— « Alléluia! »
— « Amen! », de répondre en cœur les ‘agogo’.
Les alléluias et amen ont plu en averse mais cela a amené de l’animation…pendant 45 minutes.
Ndatha ine nyale yoyaka mumphepo. Alléluia! Amen!
Sakanako revient avec un large sourire.
Maureen est dans ses bras alors que la maman a continué son voyage vers Mua avec un minibus.
— « Comment cela s’est-il passé? »
— « Très bien. Le docteur m’a dit
que la petite Maureen a eu un choc au cœur lorsqu’elle s’est brûlé la main.
Il nous a bien accueillis chez lui à Lusaka. »
— « Quoi! Vous êtes allé à Lusaka. Mais cela est à plus de 600 kilomètres de la frontière! »
— « Oui, et nous avons dormi et mangé chez lui.
Maintenant, il est de retour en Hollande.
Il nous a dit d’acheter un médicament spécial qui n’est disponible qu’à Blantyre.»
Je n’en revenais pas. Ils sont allés ensemble jusqu’à la capitale de la Zambie. Incroyable!
Ndatha ine nyale yoyaka mumphepo.
Depuis lors, la petite Maureen prend ses médicaments. Alléluia! Amen!

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