Haïti : Une aide humanitaire pas comme les autres.
Moi, "Rwandais survivant du Rwanda", en mars 2009 j'ai
passé trois semaines en Haïti
avec une équipe de l'Institut de formation
humaine de Montréal (IFHIM)
pour accompagner des personnes traumatisées.
En quelque sorte, une aide humanitaire pas comme les autres.
Après le tremblement de terre de janvier 2010, je relis ce que j'écrivais l'an dernier.
Entre fin août et début septembre 2008, les médias avait
sensibilisé le monde entier
aux dégâts incalculables survenus en Haïti suite
au passage de quatre cyclones,
Fay, Gustav, Hanna et Ike. On voit maintenant
l'importance des médias pour mobiliser l'aide.
Et chacun se pose la question
: comment aider efficacement. Aide d'urgence ?
Aide à long terme ? "Plan
Marshall" ?
Les étudiants de l'IFHIM, soutenus par la direction et les
professionnels,
ont décidé d'apporter une aide
humanitaire visant la restauration des personnes en Haïti.
Haïti est le plus pauvre pays des Caraïbes,
région
touchée alors par les intempéries dévastatrices. Au mois de mars 2009,
j'étais de la troisième caravane de l'IFHIM partie avec la mission
spécifique
d'aider les personnes à se remettre debout.
Des trois
sessions de "restauration" que nous avons animées,
ce qui m'a touché chez
les sessionnistes, c'est le passage des attentes matérielles
à la découverte de l'autonomie que doit trouver chaque personne.
Par rapport aux interventions matériellement visibles de
la plupart des organismes humanitaires,
l'aide qui cible la personne comme
personne est moins connue.
Elle a cependant le privilège de toucher les
blessures les plus profondes de la personne
en la reconstruisant du dedans.
Restaurée, elle peut elle-même se redresser
et s'occuper de ses besoins
matériels grâce à ses énergies autonomes retrouvées.
Si j'ai pu aller en Haïti, moi Africain accueilli par les
Haïtiens comme un "frère",
c'est que j'ai vécu à l'IFHIM un processus de
libération
par rapport aux souvenirs écrasants des personnes chères
tombées sous le coup meurtrier de la folie humaine.
Comment me souvenir,
sans entraver l'avenir ?
Et comment libérer la vie quand on est aux prises
avec les forces de la mort ?
C'est là mon lieu de combat actuel. Le projet de Dieu sur moi et sur l'humanité.
Se souvenir ? En 1997, trois ans après le génocide,
une guerre a sévi au Rwanda et je perdis soudain mes parents, trois frères
et une sœur,
ainsi qu'une centaine d'amis et connaissances.
Devant ce
drame, le risque était grand de rester collé à ces atrocités
et de ne plus
voir tout l'amour reçu dans mon pays et dans ma famille.
Il m'est arrivé
parfois de m'identifier aux agresseurs et tueurs de tout acabit.
Je tentais
de sauver l'image ternie de mon peuple et la gloire du Rwanda de mes ancêtres.
J'avais des difficultés à accueillir la dure réalité du peuple rwandais,
capable de bonnes et de mauvaises choses.
Cela a paralysé ma vie. Il ne fallait pas en rester là.
Après 12 ans d'engagement comme prêtre missionnaire au
Mali, au Rwanda et au Burundi,
je suis débarqué au Canada en novembre 2007,
ce grand pays multiculturel.
Je venais suivre une formation à l'IFHIM
(Institut de formation humaine intégrale de Montréal)
fondé par la célèbre
psycho-éducatrice, Mme Jeannine Guindon.
L'approche de Mme Guindon
privilégie l'amour de la personne humaine.
Cela rejoignait mes aspirations
profondes.
Je voulais m'approcher de l'humanité blessée en moi
et rencontrer d'autres blessés de la vie pour rechercher ensemble ce qui peut nous guérir.
Ce que j'ai expérimenté en Haïti est valable dans tous
les pays du monde :
chaque fois qu'une personne se libère, son entourage en
bénéficie.
Le vrai développement ne peut se passer du chemin de la
restauration,
de l'humanisation totale de
la personne.
Jean-Claude Kaburame
Missionnaire d'Afrique (père blanc)



