Mission Évangile > À la manière de Jésus
Deux mondes parallèles
Le Nouvelliste
18 août 2010
L'auteur, le père Serge Saint-Arneault,
est un Missionnaire d'Afrique (Père Blanc), originaire de La Tuque
et actuellement en congé chez ses parents à Trois-Rivières.
Je suis de retour au pays depuis moins de deux semaines
après un séjour de trois ans au Malawi.
Je replonge sans transition dans un autre univers.
Rien n'est semblable ou presque.
Heureusement, je vogue dans ces deux mondes parallèles sans trop de difficulté.
Je me sens bien ici et là-bas, libre et heureux.
Ce matin, sur la piste cyclable,
j'ai eu peine à dépasser en vélo un homme plus âgé que moi
qui roulait en patins alignés.
Bien plus, il me suivait de très près malgré
mes efforts pour le distancer
« Continue, me dit-il, tu roules à une bonne vitesse
et tu m'épargnes 30 % d'énergie ».
Mon orgueil m'aidant,
j'ai pédalé du mieux que je pouvais
pour mériter un merci à la fin de la course.
« As-tu vu la piste de course du Grand Prix? »,
me demande un autre cycliste,
au moment d'arrêt où je récupère l'énergie
que j'ai su épargner à mon premier athlète en patin aligné.

Et j'ai alors compris ! Ici aussi, à Trois-Rivières,
nous vivons dans des mondes parallèles:
celui du Grand Prix automobile et du Festival de l'Assomption.
Le premier est bruyant, excitant,
enivrant d'alcool et, les bars aidant, de tous les autres excès.
L'argent roule à la cadence des voitures de course
et tout le monde semble content,
spécialement au sommet de la grande roue située au centre-ville.
Le deuxième est paisible, intériorisant,
invitant à la prière sous le thème de la joie et de l'espérance.
Même les chaises roulantes se déplacent lentement.
La foule, car elle est là, a passé l'âge des dépassements rapides
et les jeunes, pour la plupart, sont de descendance africaine.
Moi! Je vais au sanctuaire
et je constate que l'Église du Québec a perdu son élan d'autrefois
qui la situait au premier plan
pour se voir relayer à la dernière position du peloton de la course.
Elle est devancée de tous les côtés au point d'être souvent oubliée.
Par contre, l'Église est encore dans la course.
Elle garde le cap pour atteindre le fil d'arrivée.
Comme dans la fable du lièvre et de la tortue,
l'Église « Peuple de Dieu en marche » déambule à pas lent,
mais confiant.
C'est là l'oeuvre de l'espérance.

La foi nous conduit vers Jésus grâce à sa mère Marie
qui nous trace un chemin qui n'a rien d'une piste de course.
Les cierges remplacent les feux rouges.
Le Grand Prix automobile de Trois-Rivières
et le nouveau Festival de l'Assomption
sont offerts le même jour et cela semble contradictoire.
À vrai dire, il y a de la place pour tout le monde à Trois-Rivières
même s'il n'y a pas suffisamment de chambres pour tous les visiteurs.
( Le Festival de l'Assomption au sanctuaire Notre-Dame du Cap,
au Cap-de-la-Madeleine,
a remplacé cette année la neuvaine de l'Assomption.
Il a été un franc succès selon les organisateurs,
et ce, malgré le changement d'orientation de l'événement. )
Comme sur un vélo,
le Grand Prix utilise la 6e vitesse « en grande »
alors que le Festival s'élance sur la première « en petite ».
Il est à souhaiter que les adeptes de la course automobile
franchiront le fil d'arrivée avec la satisfaction
de vivre un grand moment entre amis ou en famille.
Espérons aussi que le Festival de cette année
avec sa nouvelle et agréable formule de prières
animées au son des chants de Taizé, latino et créole,
ravive l'espérance d'une Église en grande perte de vitesse.
Serge St-Arneault
Missionnaire d'Afrique (« Père Blanc »)
Actuellement à Trois-Rivières
Haut de page