Mission Évangile > À la manière de Jésus

LA MISSION AUJOURD'HUI ? PAR EXEMPLE,
LA RENCONTRE DES MUSULMANS À MONTRÉAL.

Qu'est-ce qu'on dit de nos jours sur "les missions d'Afrique" ? On n'attend plus du missionnaire qu'il vous mime des histoires de chasse au lion… ou qu'il vous détaille le quotidien et l'alimentation des Africains. Autrefois les Pères Blancs, Sœurs Blanches et autres missionnaires d'Afrique étaient les seuls à parler d'Afrique et des Africains. Depuis 50 ans, la télévision en dit et en montre beaucoup plus, maintenant en couleur et en haute définition. Alors, quel est le message d'un « Missionnaire d'Afrique » quand il travaille à Montréal et va prêcher dans les paroisses. Samedi et dimanche, 21-22 janvier 2012, Gilles Barrette, 66 ans, natif d'Abitibi, a fait la traditionnelle prédication missionnaire à la paroisse St-Germain d’Outremont, à Montréal. Gilles Barrette est le directeur du Centre Afrika.

Gilles a parlé après avoir entendu les lectures de la Bible prévues pour ce dimanche-là.
Première lecture : Histoire de Jonas, son refus d'être missionnaire,
son départ quand même et l'épisode de la baleine, puis la prédication
et la conversion de Ninive, la mégapole.
Deuxième lecture : « Le temps est limité… Le monde que nous voyons
est en train de passer. » C'est du saint Paul !
Évangile du dimanche : « Simon, André, Jacques, Jean sont au travail,
les mains dans le poisson. … Jésus les appelle. Ils le suivent. »



Chers ami(e)s dans le Seigneur,
Je ne retiens que deux petits passages des lectures d’aujourd’hui
pour vous parler de la mission universelle de tous les chrétiens.
L’histoire de Jonas nous dit que le message dont nous avons à témoigner
va parfois à contre-courant de ce que disent, pensent et vivent
les gens qui nous entourent.
Imaginez que vous vous teniez à la sortie du métro Edouard-Montpetit
aux moments d’affluence et annonciez que d’ici 40 jours
la ville de Montréal sera détruite.
Quelle serait la réaction des gens?
Heureusement, le message que nous avons à annoncer,
c’est une Bonne Nouvelle de Salut.
Car, chrétiens, nous sommes des convaincus que la Parole de Dieu est efficace,
elle fait son chemin et transforme les cœurs.
Jamais Dieu ne se décourage de rejoindre chaque personne et de parler à son cœur.
Cependant, Dieu en son Fils Jésus, a voulu avoir besoin
et appeler d’humbles travailleurs, Pierre, Jacques, Jean, André, vous et moi,
pour proclamer un message de conversion, de retournement de nos cœurs,
car le règne de Dieu est proche.
Vous et moi, nous entendons ce message du Seigneur.
Là où nous vivons, nous essayons de témoigner de l’amour du Seigneur.
Ma petite expérience à moi, missionnaire d’Afrique, Père Blanc,
s’est faite d’abord au Burkina Faso (Afrique de l’Ouest)
surtout dans la formation de couples catéchistes
envoyés au cœur de villages à majorité musulmane.
Puis, on m’a demandé d’aller à Marseille
pour être un pont entre les musulmans venus de divers pays
et la population diversifiée de cette ville du sud de la France.
Maintenant , je m’occupe des Africains Noirs ou Blancs,
qui arrivent au Québec.
J’ai toujours cru que ce qui est important dans la manière de faire de Jésus,
c’est d’abord de rencontrer les personnes, de les écouter,
avant de faire découvrir qui Il est.
Ainsi avec la Samaritaine :
tout commence par la corvée régulière de puiser l’eau.
Puis, un dialogue s’engage qui en vient à parler de son mari.
Or elle en a eu plusieurs.
Puis on parle de questions religieuses :
vous priez à Jérusalem, nous prions sur une autre montagne.
Ainsi de suite jusqu’à ce que la Samaritaine
reconnaisse en Jésus un Être exceptionnel dont elle va parler aux gens de son village.
Pensons à Jésus ressuscité rejoignant des disciples sur la route d’Emmaüs.
Jésus écoute d’abord leur histoire, leur tristesse, leurs espoirs déçus.
C’est au terme que Jésus leur demande
de puiser au meilleur de leur humanité et de leur foi pour aller plus loin
jusqu’à ce qu’ils reconnaissent Jésus au moment du partage du pain.
Croire en l’humanité de chaque personne, et aimer.
Partout où on m’a envoyé,
j’ai eu à accompagner des musulmans qui exprimaient le désir de devenir chrétiens.
Cela continue à Montréal.
Que de « Bonjour!» il m’a fallu donner.
Que de petits services il m’a fallu rendre!
J’ai aidé une personne âgée à traverser une rue,
j’ai proposé à une femme enceinte de monter les sacs d’épicerie au 6è étage de l’immeuble.
J’ai participé à des fêtes et à des deuils, visité des malades,
porté le souci de personnes handicapés,
soutenu des jeunes qui voulaient étudier
et ne pouvaient se réfugier que là où il y avait des lampadaires le long des rues.
Comme prêtre, j’aidais les chrétiens à rendre témoignage au Seigneur Jésus.
J’ai enseigné pendant 10 ans dans une université de Marseille
où j’étais chargé des cours sur la connaissance des musulmans.
Dans les quartiers et les associations,
j’ai vécu une foule de rencontres alors qu’on me disait :
que faire alors qu’il y a des musulmans?
Quelque chose m’est arrivé un peu comme à Jonas :
j’avais accepté de donner à une trentaine de catholiques,
dans le sous-sol d’une église,
une formation pour rencontrer des musulmans et échanger avec eux.
Voilà que je reçois un téléphone anonyme de menace :
« Nous sommes un groupe de catholiques
et nous ne pouvons pas accepter
que vous utilisiez une de nos églises pour encourager l’islam.
N’y-a-il pas assez de catholiques dans votre église
pour que vous en soyez réduits à aller chercher des musulmans?
Sachez que nous serons là pour empêcher que cette formation se donne.»
J’avoue que j’ai été intérieurement bouleversé.
Je me suis demandé ce qu’il fallait faire et ce qui pourrait se passer.
Pourtant, j’ai maintenu l’offre de donner une formation sur l’islam
à des chrétiens qui voulaient, à leur tour, rencontrer des musulmans,
dialoguer avec eux et si possible témoigner du Seigneur Jésus
dans leur milieu de travail et de loisir.
La menace ne s’est pas manifestée.
J’ai toujours eu la joie d’accompagner des adultes musulmans vers le baptême,
et ce n’est pas moi qui suis allé les chercher.
Même ici à Montréal, cela continue.
À Pâques dernier, j’ai baptisé un ancien député d'Albanie
un pays communiste dont la population est musulmane.
Là-bas, il ne pratiquait de religion car son pays était athée.
Tantôt dans l’opposition, tantôt dans le gouvernement,
il été chargé de la difficile question du retour au pays
et, sous quelles conditions ! de ses compatriotes qui vivaient en ex-Yougoslavie.
Il a vu et vécu des horreurs des guerres fratricides.
Il a vu, étonné, des militaires, accompagner au cimetière Mère Térèsa
qui ne venait que pour saluer ses parents décédés.
Jésus a rejoint ce Monsieur qui vit maintenant à Montréal.
Pendant deux ans, régulièrement,
j’ai moi-même été nourri par l’action du Seigneur Jésus dans sa vie.
Il a actuellement 47 ans et est tout heureux dans sa vie familiale
et dans son travail au service de la municipalité de Montréal.
Comme « cadeau de Noël 2011 », j’ai accueilli deux demandes :
un ingénieur marocain de 29 ans, et un universitaire algérien de 27 ans.
Tous deux veulent être chrétiens.
« Père, nous avons entendu parler de toi, pourrais-tu nous aider à devenir chrétiens? »
Les deux m’ont plus ou moins dit la même chose :
« Je suis déjà chrétien dans mon cœur. »
En Afrique, en Europe, à Montréal,
le Seigneur fait des merveilles,
à condition que nous acceptions de collaborer avec lui.
C’est là le sens de la mission à laquelle, vous et moi,
nous sommes appelés à participer.
Jésus continue d’appeler d’humbles serviteurs,
Pierre, Jacques, André, Jean,
vous et moi.
Notre réponse libre et convaincue est mise à contribution.
Que nous restions ici ou que nous traversions les mers.
Que l’Eucharistie d’aujourd’hui nourrisse notre conviction missionnaire.
Amen.

Gilles Barrette, M. Afr.
gilbar1945@yahoo.ca

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