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RÉAL DOUCET DE KINSHASA :
SITUATION CRITIQUE, AVENIR INCERTAIN !
Réal Doucet, Missionnaire d'Afrique ('Père Blanc') nous écrit d'un quartier de Kinshasa, RD Congo, dans un quartier où les balles sifflent aux oreilles des manifestants et des habitants. C'est que la violence a suivi les dernières élections. Le vendredi 9 décembre dernier, la Comission électorale nationale indépendante (l'est-elle vraiment ?) a proclamé le Président sortant, M. Joseph Kabila, vainqueur de l'élection présidentielle du 28 novembre. Ceci a provoqué des manifestations et l'opposition, ralliée autour de M. Étienne Tshisekedi le principal challenger, a crié à la fraude. M. Tshisekedi s'est alors auto-proclamé président-élu. Et la violence a suivi. C'est dans ce contexte hautement explosif que Réal Doucet nous envoie ses voeux de Noël. On y lit à la fois le courage et la lucidité dans le danger et en même temps l'espoir d'un règlement prochain. Réal, 63 ans, natif de Saint-Célestin (Nicolet), a roulé sa bosse en plusieurs pays du monde. Il a été missionnaire en Tanzanie, au Mexique, au Ghana et en Afrique du Sud. Il s'est occupé dans ces trois derniers pays de la formation des nouveaux missionnaires.
Kinshasa, 13 décembre 2011
Bonjour aux parents et amis,
Samedi dernier, au lever du soleil,
des coups de feu (balles en caoutchouc et aussi véritables balles)
autour de nous, tout près, nous ont rappelé que nous sommes encore
en situation critique et que notre futur demeure incertain.
À l'été 2010, Réal prend l'autobus à l'autogare Voyageur pour se rendre à l'aéroport de Montréal. Il rejoint Kinshasa, au Congo Kinshasa, comme responsable de la formation des candidats missionnaire.
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Je profite donc de l’accalmie du moment
pour venir vous présenter mes vœux de Noël.
Je reviens d'Afrique du Sud, où j'ai passé une vingtaine de jours.
J'y étais allé pour communier à la joie des Missionnaires d’Afrique
dans la maison de formation de Cedara où j'ai travaillé dans le passé.
La Société des Missionnaires d'Afrique
a accueilli l'engagement définitif ("le serment")
de trois de mes anciens étudiants.
Le lendemain, ils ont été ordonnés diacres.
Drapeau de la République Démocratique du Congo (Congo Kinshasa).
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Inutile de vous dire que la réalité d’ici coule sur mon dos
comme une douche froide…
Ici, à Kinshasa, qu’arrivera-t-il demain ou dans quelques jours?
Je ne peux pas le dire....
sauf qu’on semble s’orienter vers plus de violence, d’insécurité.
Les manifestations de colère
suite à l'annonce de la victoire du Président Kabila,
risquent de dégénérer.
Ce sont les plus faibles et des innocents qui payent.
Dans la colère, protestation contre la fraude aux élections.
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Comment préparer Noël dans ce climat ?
La célébration de la fête de l’incarnation du Fils de Dieu
ne sera sans doute pas vécue dans un climat de paix,
mais elle nous rappellera l’importance de la justice,
du respect de la vérité, de l’honnêteté, de la transparence
et de l’acceptation des différences
si nous voulons vivre dans la paix sous le regard de Dieu.
Le "Petit Jésus" de Noël, qui finira sa vie sur une croix 33 ans plus tard,
n'a sans doute pas d’autres options que de souffrir avec nous
ces affrontements et ces tensions qui rongent tout un peuple
depuis plusieurs décennies.
Il m’est difficile de croire que ma vie est en danger.
Mais la tendance ici est d’accuser l'étranger
quand quelque chose ne va pas.
La colère d’une foule n’a pas la capacité de voir
ni de discerner qui est qui, qui fait quoi.
Alors, nous, les étrangers, gardons un profil bas,
dès que des signes de violence surgissent.
Depuis avant les élections,
on a coupé le service des messages texto sur cellulaires.
Nous ne pouvons que recevoir de l’étranger
mais mais nous ne pouvons pas émettre…
Nous ne pouvons que compter sur votre prière et appui moral.
Le service d’internet pourrait aussi éventuellement être coupé,
alors ne vous surprenez pas si à un moment donné,
je ne donne plus signe de vie.
Répression des émeutes post-électorales par les forces de l'ordre.
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Je vais tout faire pour demeurer debout
au nom de Jésus, le non-violent,
celui qui nous a montré comment est Dieu,
comment il agit, pardonne, aime, réconcilie, souffre.
Si nous devons souffrir quelques violences,
il ne faudrait pas tellement les imputer à ceux qui en seront les auteurs,
car ils ne sauront sans doute pas ce qu’ils feront.
Mais, je demeure optimiste, la sagesse africaine
et la pression de la communauté internationale
devraient favoriser un contrôle de l’effusion de la haine.
Et Dieu peut toucher les cœurs…
Dans la joie, manifestation de soutien au président déclaré officiellement élu.
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En terminant, je vous rappelle que je vous aime beaucoup
et que je compte sur l’appui de vos prières.
Que Jésus, Marie et Joseph, la sainte famille de la crèche,
vous incitent à vivre un Noël de paix, dans un climat vraiment chrétien,
Réal Doucet, M. Afr.
doucetreal@gmail.com
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MA MISSION DANS LA VIE ORDINAIRE DE KINSHASA, UNE MÉGAPOLE AFRICAINE
Réal Doucet, Kinshasa, 20 janvier 2011
Septembre 2010. Réal Doucet, à la gare Berry-UQUÀM, devant le bus pour l'aéroport de Montréal. Réal prenait l'avion ce jour-là pour Kinshasa, capitale de la République Démocratique du Congo.
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Voici quelques petites nouvelles de "la vie ordinaire", ici à Kinshasa. Mon principal service est l'accompagnement d'un petit groupe de formation des jeunes candidats qui se préparent à devenir Missionnaires d'Afrique (Pères Blancs). Ils étudient la théologie dans un autre séminaire de la ville. J'ai cependant accepté de donner des cours d'anglais le samedi matin (deux heures) à 14 autres étudiants de philosophie dans une deuxième maison de formation de Kinshasa. J'aime bien enseigner et cela me fait plaisir de donner ce cours. Je peux aussi parler anglais régulièrement. Une langue qu'on ne parle pas se perd lentement... J'aime aussi accompagner une communauté religieuse féminine congolaise un dimanche par mois avec une petite retraite.
Naturellement, mes visites aux pauvres du quartier Kisenso, les lundis et les vendredis. continuent à me faire vivre toutes sortes d'expérience qui m'aident à ne pas m'enfermer dans un monde relativement sécurisé. J'ai lu dernièrement dans un journal que 80% des Kinois (habitants de Kinshasa) vivent avec un revenu de $0.20 par jour! C'est vrai qu'il y a de la misère noire par ici.
Kinshasa. À g., Réal Doucet, supérieur, avec quelques étudiants et confrères M.Afr. de la maison de formation de Salongo. Au centre, debout, Luciano Fusch, confrère brésilien, comptable et économe du Secteur M.Afr. de Kinshasa.
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Cette petite ONG que j'accompagne a déjà sauvé des centaines de vie et permet à 68 enfants de familles archi-pauvres de manger deux fois par jour et d'aller à l'école primaire. Les bénéficiaires les plus attachants de l'ONG sont les huit malades mentaux dont nous sommes responsables. Entièrement responsables, en tout!
Vendredi le 14, c'est moi qui ai servi de chauffeur pour amener six de nos bénéficiaires dans un hôpital catholique qui accepte de les aider à prix réduit (ça coûte quand même passablement cher!). Toute la journée y passe. Ainsi, je vis des expériences différentes avec ces personnes qu'on aide, différentes de celles vécues dans notre équipe de formation...
Dernièrement, une jeune femme avec un enfant aux jambes très courbées ne s'est pas présentée au jour fixé pour l'opération de l'enfant. Avant-hier avec l'infirmier on est allé la retrouver chez elle. Elle nous a dit que ses voisins lui avaient déconseillé d'y aller car cela allait lui coûter plus de $1000, alors que les médecins prennent charge toutes les dépenses. Nous étions furieux de cette fausse nouvelle. Des fois, dans les quartiers pauvres, les rumeurs nourries par l'insécurité font des ravages. Parmi les patients de ce jour-là, il y avait une petite fille de 5 ans, toute mignonne. Mais elle est sidéenne depuis la naissance. En plus tuberculeuse Les parents avaient tardé à nous l'amener. Malheureusement, il n'y avait rien à faire. La pauvre petite est morte deux jours après, au grand désarrois de son père. En ces moments-là, nous touchons nos limites...
Réal partage un repas avec l'équipe de l'ONG (organisme non-gouvernemental) dont il nous parle dans sa lettre.
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La semaine dernière, deux confrères m'ont invité à aller faire une visite à un prêtre de la congrégation des Serviteurs de la Charité. Il vit en pleine brousse, à 120 km de Kinshasa, dans un projet de réhabilitation d'enfants de la rue. Pour y arriver, il faut quitter la grande route qui vient tout juste d'être refaite par les Chinois, et faire 14 km sur un sentier de ferme. En théorie, c'est une route! Dieu merci, il n'avait pas plu depuis trois jours, alors la route était sèche. Cela m'a rappelé mes belles années en Tanzanie. Une vingtaine de jeunes vivent sortis de la rue, s'occupent d'une ferme, de 70 vaches à viande, de quelques cochons et chèvres, Ils apprennent l'un ou l'autre métier. Quand le jeune arrive à 18 ans, il est réinséré dans un village où on lui construit une hutte et où il peut travailler.
Je suis émerveillé de voir ce que notre Église catholique fait pour les plus démunis dans ce pays qui est à la dérive depuis les années 60. Alors que les sectes passent des nuits entières à chanter et crier, nous les catholiques travaillons dans des écoles, dispensaires, centres d'éducation, centres d'entraide, orphelinats, etc. Je crois que nos médias pourraient aussi mentionner ces choses-là de temps à autres et ne pas se limiter à ne citer que des scandales d'abus sexuels commis par quelques prêtres ici et là dans le monde entier.
Kinshasa. Sortie près du fleuve Zaïre avec l'équipe de l'ONG.
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Il y a une quinzaine de jours, il y a eu un petit soulèvement à l'Université nationale, à 5 km de notre demeure. Les étudiants ont incendié quelques autos de l'Université, la résidence du Recteur et la maison que le premier ministre du pays était en train de se construire sur les terrains de l'Université. Je crois que les étudiants commencent à en avoir marre des abus et de la corruption qu'il y a sur le campus universitaire et aussi de la pauvreté des installations. À l'indépendance du pays, cette université était une réalisation de l'Église Catholique, fondée par la célèbre université catholique de Louvain, en Belgique. Lovanium, comme on l'appelait, était digne du nom d'université. Quelques années après l'indépendance, vers la fin des années 60, le Président Mobutu l'a nationalisée. Rien n'a été fait depuis pour la maintenance. Vous imaginez l'état des bâtiments et des rues qui traverse le campus... L'État congolais vient de l'offrir de nouveau à l'Église qui, évidemment, a refusé. C'est que l'Église a recommencé ailleurs une autre université qui a bonne réputation et dont les diplômes sont reconnus puisque les étudiants les ont mérités par leur travail sous la direction de professeurs qualifiés.
En réunion avec deux animateurs de l’ONG CODEC, planifiant la visite aux bénéficiaires.
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Vendredi soir dernier, dans le cadre de la semaine de prières pour l'unité des chrétiens, je suis allé participer à un service interconfessionnel. Ce fut une courte célébration de deux heures où un pasteur d'une secte a fait la prédication sur le Notre Père. Il s'est limité à 35 minutes. Mais ce style-là et le contenu de son message m'a confirmé dans mes convictions que je ne suis pas fait pour être membre d'une secte! Beaucoup de paroles fortes, une émotion superficielle et peu d'engagement!
A notre retour, nous avons été pris dans un embouteillage monstre. Souvent les vendredis et samedis soirs, c'est comme cela! Nous avons laissé deux de nos étudiants dans la camionnette et les cinq autres, nous avons marché une demi-heure pour rentrer à la maison. La camionnette est arrivée une heure et demie plus tard. À Kinshasa, les embouteillages sont communs. Comme il y a beaucoup de vieux véhicules, autos et camionnettes, après un certain temps, la pollution monte à la gorge et à la tête. Ce n'est vraiment pas agréable du tout!
Réal en réunion avec un groupe de femmes chargées du centre qui héberge 35 enfants et adultes.
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Hier nous sommes allés faire notre récollection mensuelle dans une maison de retraites dirigées par les Pères missionnaires de Scheut. J'ai passé ces 24 heures à prier et méditer sur les deuils à vivre en vieillissant pour redevenir libres intérieurement et laisser le Seigneur nous donner cette 'Vie éternelle'. Un peu difficile à comprendre à quoi elle consiste réellement! De fait, je n'en finis pas de mourir à quelqu'un, à quelque chose au fil des jours. La majorité des confrères avec qui j'ai travaillé en Tanzanie sont déjà partis pour l'autre monde et il ne se passe pas une semaine sans recevoir un avis de décès de Montréal d'un confrère que j'ai connu, estimé... Nu je suis né, nu je mourrai. Mais ce ne sont pas toutes nos "récollections" qui ont cette tonalité. Oui... la "Vie éternelle", on y pense!
Pour se rendre à la maison de retraite, il fallait passer par une rue devenue un sentier bien difficile. Des jeunes avaient bloqué la route, faisant semblant qu'ils travaillaient à la réparer. Pour y passer, il fallait donner un petit pourboire... Pendant la nuit il a plu fortement et au retour, on a bien failli ne pas pouvoir passer. Heureusement que notre camionnette est lourde et que c'est une 4 x 4. Un autre groupe de jeunes était en train de réparer un passage vraiment endommagé. Encore là, il a bien fallu donner un peu d'encouragement... Une petite aventure à se souvenir.
Dans une marche de sensibilisation de la population à l’aide aux sidéens.
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Demain, lundi, une autre semaine débute. Avec la responsable des finances de la petite ONG, j'irai faire le tour des écoles où nous envoyons nos bénéficiaires (les 68 enfants) pour nous assurer qu'ils sont présents à l'école et que nous ne payons pas pour rien leur scolarité. Cela arrive parfois que le directeur oublie de nous laisser savoir que l'enfant n'est plus à l'école, même s'il est encore sur la liste... Mais il faut dire que ces écoles reçoivent deux groupes d'enfants par jour 500 le matin et 500 l'après-midi. Qui pourrait en vouloir au directeur de ne pas vérifier régulièrement la présence des élèves ?
Voilà quelques-unes des activités vécues depuis le début de l'année scolaire à Kinshasa. Les jours passent vite. Je garde mon dynamisme et ma foi en un futur meilleur pour les gens très démunis. Dieu est grand, il a vu pire dans l'histoire du monde et Il continue à croire en nous...
Une prière, un sourire,
Réal Doucet
doucetreal@gmail.com
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